#74. On ne gagne rien à essayer de devenir quelqu’un d’autre, avec Mahasti Razavi, Managing Partner de August Debouzy

Mahasti Razavi n’a jamais eu le sentiment que son parcours était écrit d’avance. Associée gérante du cabinet d’avocats August Debouzy, elle raconte sa trajectoire avec une forme de sérénité assez rare. Pas celle de quelqu’un qui aurait toujours su où il allait, mais celle de quelqu’un qui a toujours eu la conviction d’être au bon endroit.

« La seule chose que j’ai faite, c’était travailler dur. Mais toujours avec cette sérénité d’être au bon endroit pour moi. »

Cette phrase résume assez bien notre conversation. On y parle évidemment de droit, de management et de leadership. Mais derrière ces sujets se dessine surtout une autre manière de construire une carrière : avancer sans chercher à tout maîtriser, accepter d’apprendre, laisser l’expérience construire la confiance… et ne jamais perdre de vue qui l’on est.

Cette confiance ne s’est pourtant pas construite sans hésitations. Comme beaucoup de femmes, Mahasti Razavi a parfois pensé qu’il existait une manière de se comporter pour être prise au sérieux.

« Quand on sourit trop, on devient trop abordable », lui disait-on. Alors elle a essayé d’adopter les codes que l’on attendait d’une avocate associée, jusqu’à comprendre qu’elle dépensait une énergie considérable à contrôler son image plutôt qu’à exercer son métier.

Aujourd’hui, son regard est tout autre : « L’essentiel est d’être le plus en cohérence avec soi-même. On est d’autant plus performant que l’on ne perd pas de temps à contrôler qui l’on est. » Être soi-même n’est pas un frein à la performance ni à l’ambition. C’en est peut-être une condition.

Chez Mahasti Razavi, l’ambition n’a jamais été une question d’argent. Elle est presque une culture familiale. Arrivée d’Iran à l’âge de dix ans, elle voit ses parents reconstruire leur vie. Ils lui transmettent le goût du travail, mais aussi celui du plaisir qu’il procure : progresser, se dépasser et construire sans jamais dissocier l’exigence du plaisir d’exercer.

Cette vision éclaire aussi son rapport au droit. Loin de la succession de règles et de procédures que l’on pourrait imaginer, elle décrit une matière vivante, en constante évolution, où la curiosité, l’écoute et la capacité à créer du lien comptent autant que l’expertise technique.

« Je ne connais pas un seul avocat qui s’ennuie. »

Cette manière d’aborder son métier se retrouve dans sa façon d’apprendre. Au cours de notre échange, elle raconte l’une de ses premières notes, entièrement reprise par un associé. « Il n’en restait que les virgules. »

Des années plus tard, elle en parle encore avec beaucoup d’humour : « J’ai eu la chance qu’une personne prenne cinq heures de son temps pour corriger ma bouse. »

Là où beaucoup auraient retenu la déception ou l’humiliation, elle choisit de voir le temps qu’une personne expérimentée a consacré à sa progression. Tout est une question de perspective.

Prendre de la hauteur, sortir de l’émotion et accepter d’être corrigé sans y voir une remise en question de sa valeur : pour elle, cela s’apprend. Comme la confiance en soi. Comme le leadership.

Cette philosophie se retrouve également dans la culture d’August Debouzy.

Pendant longtemps, Mahasti Razavi a considéré comme parfaitement normal qu’un cabinet puisse être dirigé par une femme. Ce n’est qu’en échangeant avec d’autres avocates qu’elle a compris que cette évidence n’en était pas une. Chez August Debouzy, les deux fondateurs ont choisi de confier la direction du cabinet à des femmes, sans politique interne particulière, simplement parce qu’elles étaient, à ce moment-là, les meilleures personnes pour occuper ces fonctions.

L’exemple a parfois plus de force que les discours.

Construire une carrière ne consiste pas à tout prévoir, ni à chercher à correspondre à l’image d’un dirigeant idéal. Il s’agit plutôt de rester profondément engagé dans ce que l’on fait, d’accepter d’apprendre et de changer de perspective lorsque les choses ne se passent pas comme prévu. Et de comprendre, parfois après plusieurs années, que l’on ne gagne décidément rien à essayer de devenir quelqu’un d’autre.

Écoutez ma conversation avec Mahasti Razavi sur toutes les plateforme d’écoute !

N’hésitez pas à vous abonner, noter et commenter le podcast, cela représente une aide immense pour m’aider à le faire connaître ♡

Olivia

Retrouvez tous nos événements, le calendrier des prochains mois et les derniers épisodes du B.W.P Club podcast et suivez toute l’actualité B.W.P sur le compte Instagram @businesswomeninparis.