Cet épisode commence par un éclat de rire. Celui de Delphine Plisson. Je n’ai pas pu le couper, parce qu’il raconte déjà quelque chose d’elle, de son énergie et de sa manière d’aborder la vie.
Pendant plus de vingt ans, Delphine travaille dans la mode, jusqu’à prendre la direction de la Maison Claudie Pierlot.
Puis un projet s’impose à elle : La Maison Plisson. Elle n’a jamais créé d’entreprise et ne rêve pas particulièrement de devenir entrepreneure. Mais pour ce projet, elle n’a pas le choix : « C’était le seul moyen de donner vie à Maison Plisson. »
C’est d’ailleurs ce qui caractérise le mieux sa manière d’envisager sa carrière, et particulièrement l’entrepreneuriat. Delphine ne part pas nécessairement d’un métier qu’elle maîtrise, mais d’un projet auquel elle croit suffisamment pour apprendre ce qu’elle ne sait pas encore.
« Parle de ton projet à tout le monde, mais n’écoute personne. » est sans doute le meilleur conseil qu’elle ait reçu.
En parler pour le faire grandir, provoquer des rencontres, ouvrir des portes. Mais savoir aussi ne pas écouter tous ceux qui auront un avis sur ce qu’il faudrait faire. Et surtout, ne pas laisser la peur prendre trop de place, car un projet qui reste une idée trop longtemps finit par épuiser celui qui le porte.
Maison Plisson naît en 2014 et rencontre rapidement son public. L’aventure durera douze ans. Douze années de succès et de plaisir, mais aussi tout ce que l’entrepreneuriat comporte de difficultés, de décisions et de responsabilités.
Puis vient le Covid. Pendant cette période, l’obsession de Delphine est de préserver la marque et les emplois. Elle tient longtemps, jusqu’à atteindre un état d’épuisement physique extrême et voir son corps lui imposer l’arrêt qu’elle ne s’était pas autorisé.
Car si Delphine ne s’interdit pas grand-chose, elle n’enjolive pas pour autant ce que signifie entreprendre.
« Il y a eu beaucoup d’erreurs, mais je n’ai rien vécu comme un échec. » Parce que rien n’est jamais tout à fait définitif.
Il y a les doutes, la peur, la responsabilité des autres, la nécessité aussi, lorsque l’on dirige, d’incarner son projet et d’assumer les décisions prises. « Le poisson pourrit toujours par la tête », dit-elle lorsqu’elle parle du rôle du dirigeant et de l’énergie qu’il insuffle à son entreprise.
Et pourtant, après La Maison Plisson, l’envie de créer est toujours là.
Après avoir écrit son premier livre, Laisse aller, c’est une valse, aux éditions Lattès, Delphine laisse la place à une nouvelle idée : celle d’un magazine féminin qui s’adresse autrement aux femmes de 45 ans et plus.
Pas pour leur expliquer comment rester jeunes. Mais pour accompagner le temps avec joie plutôt que de le combattre.
Ainsi naît 20 ans plus tard.
« Je n’avais jamais monté de boîte, ni écrit de livre, alors créer un média, pourquoi pas ? »
Delphine a déjà changé de métier, entrepris, écrit un livre. Aucun de ces projets ne relevait au départ d’une expérience qu’elle avait déjà acquise. Créer un média est un nouvel univers à découvrir, mais certainement pas une raison de renoncer.
Le magazine est trimestriel. On y trouve des enquêtes, de la mode, du sport, des points de vue et un collectif de femmes qui se questionnent, partagent leurs expériences et se mettent aussi en lumière, de Perla Servan-Schreiber à Sarah Poniatowski.
Mais lancer un magazine papier aujourd’hui est aussi un pari.
Les médias se multiplient, notre attention se fragmente et la presse est régulièrement annoncée en déclin. Mais Delphine regarde surtout la lectrice à laquelle elle s’adresse : une femme qui continue d’acheter des magazines, qui aime lire et a envie de retrouver ce temps long, étouffé par les réseaux sociaux.
Derrière l’objet éditorial, il y a donc un business model à construire, des indicateurs à suivre, un lectorat à trouver et à fidéliser. Une nouvelle entreprise, en somme, avec ce que cela implique de convictions mais aussi de réalité.
Delphine sait désormais tout ce qu’un projet peut demander. Mais l’expérience ne l’a pas rendue plus prudente au point de ne plus commencer. Parce qu’un projet vaut d’abord par l’envie de lui donner vie, et que ne pas l’avoir déjà fait n’est jamais une raison pour ne pas commencer.
🎧 Découvrez ma conversation avec Delphine Plisson, sur toutes les plateformes d’écoute.
Merci Le Grand Mazarin et le Boubalé pour l’accueil pour ce nouvel enregistrement.
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